Réponse rapide : oui, la situation s’est dégradée, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Le taux d’homicides est passé de 11,5 pour 100 000 habitants en 2021 à 16,8 en 2025, soit environ treize fois le niveau de la France métropolitaine. Mais la nature de cette violence change tout : selon la police judiciaire costaricienne, 74 % des homicides relèvent de règlements de comptes et de disputes territoriales entre bandes et 79 % impliquent une arme à feu. Pour un résident étranger vivant dans une zone résidentielle, le risque quotidien concerne la délinquance d’appropriation, pas la violence létale.
Les chiffres, sans arrangement
Commençons par la donnée brute, parce qu’elle est trop souvent édulcorée dans les contenus promotionnels.
- 2021 : 11,5 homicides pour 100 000 habitants.
- 2022 : 12,2.
- 2023 : 17,2 — année record avec 906 homicides, la plus violente de l’histoire du pays.
- 2025 : 16,8, soit 873 homicides.
Le taux a donc augmenté d’environ 45 % en quatre ans avant de se stabiliser à un niveau élevé. Le Costa Rica se situe désormais au quatrième rang d’Amérique centrale pour la violence létale.
Comparaison avec la France : 1 186 homicides en 2024, soit 1,4 pour 100 000 habitants — 1,3 en France métropolitaine —, avec une baisse de 2,4 % par rapport à 2023. L’écart est d’environ treize fois.
Pourquoi cette dégradation ?
La cause est identifiée et documentée : le Costa Rica est devenu une plaque tournante logistique du trafic de cocaïne entre l’Amérique du Sud et les marchés nord-américain et européen.
Sa géographie — deux façades maritimes, une position sur le corridor centraméricain, des ports en développement — et sa stabilité relative en ont fait un point de transit privilégié. La conséquence classique a suivi : implantation de groupes criminels, luttes pour le contrôle des routes et des points de stockage, et montée des règlements de comptes.
Cette violence est donc structurellement liée à une économie criminelle, et non à une délinquance diffuse touchant l’ensemble de la population.
La nuance qui change l’évaluation du risque
Un taux national ne dit rien de votre exposition personnelle. Trois données de la police judiciaire costaricienne le montrent :
- 74 % des homicides sont liés à des règlements de comptes et à des disputes territoriales entre bandes.
- 79 % impliquent une arme à feu.
- La violence se concentre dans des zones précises, notamment certains secteurs portuaires et périphéries urbaines liés aux routes du trafic.
Autrement dit, l’immense majorité des victimes appartiennent aux réseaux concernés ou à leur entourage immédiat. Ce n’est pas une consolation morale, mais c’est une information opérationnelle : un résident étranger sans lien avec ces milieux n’est pas dans la population exposée à ce risque.
Le paradoxe apparent avec les classements internationaux s’explique par là. Le Costa Rica se classe 54e mondial au Global Peace Index 2025 et 4e des Amériques, en progression : cet indice pondère fortement la militarisation et l’absence de conflit — le pays n’a pas d’armée depuis 1948 — davantage que la criminalité intérieure.
Les risques réels pour un résident étranger
Par ordre de probabilité décroissante, voici ce à quoi vous êtes réellement exposé :
1. La délinquance d’appropriation
Cambriolages, vols de véhicule, vols à l’arraché, vols dans les voitures en stationnement. C’est de loin le risque le plus fréquent, et il vise les biens plutôt que les personnes. Les zones touristiques et les quartiers où résident des étrangers sont surreprésentés — la richesse relative attire l’opportunisme.
2. La route
Statistiquement, c’est le premier risque vital pour un expatrié dans la plupart des pays tropicaux, devant la criminalité. Routes de montagne, absence d’éclairage, motos, conduite sous influence, pluies intenses en saison verte. Éviter de conduire de nuit hors agglomération réduit considérablement l’exposition.
3. Les risques naturels
Activité sismique, activité volcanique, glissements de terrain en saison des pluies, courants de retour sur certaines plages du Pacifique — ces derniers causant régulièrement des noyades de visiteurs.
4. La violence létale
Statistiquement le moins probable pour un résident étranger, compte tenu de la concentration de cette violence dans les milieux criminels.
Les précautions qui changent réellement les choses
- Choisir la copropriété fermée. Au Costa Rica, la résidence sécurisée avec gardiennage est le standard local pour les familles, pas un luxe paranoïaque. C’est ce que font les Costariciens de classe moyenne eux-mêmes.
- Privilégier la Vallée centrale résidentielle — Escazú, Santa Ana, Curridabat, Tres Ríos — plutôt que les zones portuaires ou certaines périphéries urbaines.
- Louer trois à six mois avant d’acheter. C’est la seule façon d’évaluer un quartier de jour comme de nuit.
- Ne pas exhiber de signes de richesse : montres, bijoux, téléphone en main dans la rue, véhicules haut de gamme.
- Éviter la conduite nocturne hors agglomération.
- Observer les protections des voisins. Le niveau d’équipement des riverains est le meilleur indicateur du risque perçu localement.
Comment évaluer un quartier avant de s’engager
Les statistiques nationales ne vous diront jamais si votre rue est sûre. Quatre méthodes concrètes :
- Passer dans le quartier à différentes heures, notamment après 21 heures.
- Interroger des résidents installés depuis plus de trois ans — les nouveaux arrivants sont souvent trop enthousiastes, les forums sur-représentent les incidents.
- Vérifier la distance réelle au premier hôpital disposant d’un service d’urgence.
- Demander à l’administration de la copropriété l’historique des incidents.
Faut-il renoncer au Costa Rica ?
La réponse dépend de ce que vous compariez. Face à l’Islande ou à la Suisse, le pays est nettement moins sûr — mais il est aussi bien moins cher, plus chaud, et propose une résidence accessible sans emploi local. Face à la plupart de ses voisins d’Amérique centrale, il reste plus sûr et infiniment plus stable institutionnellement.
Ce qui n’a pas changé mérite d’être rappelé : aucune rupture constitutionnelle depuis 1949, pas d’armée, un droit de propriété identique pour les étrangers et les nationaux, et un système de santé public — la Caja, à 7 à 11 % des revenus déclarés — qui couvre sans exclusion pour antécédents médicaux.
Ce qui a changé : la criminalité liée au narcotrafic. Le choix de la zone et de la copropriété n’est plus un détail, c’est une décision structurante.
Questions fréquentes
Le Costa Rica est-il plus dangereux que le Mexique ou le Honduras ?
Il reste nettement moins exposé que les pays les plus violents de la région, tout en s’étant rapproché de la moyenne centraméricaine. Il se situe au quatrième rang d’Amérique centrale pour le taux d’homicides.
Les touristes sont-ils visés ?
Pas spécifiquement par la violence létale. Ils sont en revanche surreprésentés parmi les victimes de vols d’opportunité, notamment sur les parkings de plage et dans les véhicules de location.
Peut-on s’y installer en famille ?
Oui, à condition de choisir la zone avec rigueur. Une famille installée dans une copropriété de la Vallée centrale, près des écoles et des hôpitaux, vit dans des conditions très différentes de la moyenne nationale.
La situation s’améliore-t-elle ?
Le taux s’est légèrement replié entre 2023 et 2025, sans revenir aux niveaux d’avant 2022. Il est prudent de considérer le niveau actuel comme durable plutôt que de tabler sur une amélioration rapide.
Faut-il une assurance spécifique ?
Une assurance habitation couvrant le vol est vivement recommandée, de même qu’une bonne couverture pour le véhicule. L’affiliation à la Caja couvre les soins, y compris en cas d’accident.
Choisir la bonne zone
La sécurité au Costa Rica est d’abord une question de quartier, et c’est exactement ce qu’un taux national ne peut pas vous dire. Réservez une consultation gratuite pour identifier les zones adaptées à votre projet, et consultez notre comparatif des meilleures régions où vivre au Costa Rica.
Pour aller plus loin
- les pays les plus sûrs pour s’expatrier
- pourquoi le Costa Rica n’a pas d’armée
- les avantages et inconvénients de vivre au Costa Rica
Cet article est fourni à titre d’information générale. Les statistiques citées évoluent et doivent être vérifiées auprès des sources officielles.