Réponse rapide : le Costa Rica a aboli son armée le 1er décembre 1948, sur décision de José Figueres Ferrer, au lendemain d’une guerre civile courte mais meurtrière. L’abolition a été inscrite dans la Constitution de 1949, dont l’article 12 proscrit l’armée comme institution permanente. Le budget militaire a été redirigé vers l’éducation et la santé. Près de huit décennies plus tard, le pays n’a connu ni coup d’État ni rupture constitutionnelle — une exception dans une région qui en a beaucoup connu. C’est cette stabilité, plus que le climat, qui explique son attrait auprès des investisseurs étrangers.
Le contexte : la guerre civile de 1948
Pour comprendre la décision, il faut comprendre ce qui l’a précédée. En 1948, une élection présidentielle contestée débouche sur une guerre civile de plusieurs semaines — le conflit le plus meurtrier de l’histoire moderne du pays.
José Figueres Ferrer en sort vainqueur et dirige une junte de gouvernement transitoire. Il se trouve alors dans la position classique du chef militaire victorieux en Amérique latine : celle qui, dans les décennies suivantes, conduira ailleurs à des régimes autoritaires durables.
Il fait le choix inverse.
Le geste du 1er décembre 1948
Ce jour-là, Figueres annonce l’abolition de l’armée dans un geste devenu emblématique : il fait symboliquement démolir un mur du Cuartel Bellavista, la principale caserne de San José, et remet le bâtiment au ministère de l’Éducation.
Le lieu abrite aujourd’hui le Musée national du Costa Rica — l’un des rares cas au monde où une caserne a été convertie en musée par décision politique explicite. Les impacts de balles ont été conservés sur certaines façades.
L’abolition est ensuite constitutionnalisée : la Constitution de 1949 proscrit l’armée en tant qu’institution permanente. Le texte prévoit la possibilité d’organiser des forces militaires en cas de nécessité de défense nationale, sous conditions strictes — mais aucune armée permanente n’existe depuis.
Pourquoi cette décision ?
Trois motivations se combinent, et elles sont plus pragmatiques qu’idéalistes.
- Neutraliser la menace intérieure. Dans l’Amérique centrale de l’époque, l’armée était le principal instrument des coups d’État. La supprimer revenait à retirer de l’échiquier l’acteur qui renversait le plus régulièrement les gouvernements.
- Libérer des ressources. Le budget militaire a été redirigé vers l’éducation et la santé. C’est cette réaffectation qui explique en grande partie les indicateurs sociaux costariciens, historiquement supérieurs à ceux de ses voisins.
- Consolider un choix de société. La même période voit la nationalisation du système bancaire, la création d’institutions sociales durables et l’extension du droit de vote. L’abolition de l’armée s’inscrit dans un projet politique d’ensemble.
Comment le pays assure-t-il sa sécurité ?
Le Costa Rica dispose de forces de police civiles, dont une garde-frontière et des unités de surveillance côtière, placées sous autorité civile et non militaire. Ces forces assurent le maintien de l’ordre, le contrôle des frontières et la lutte contre le trafic de drogue.
Sur le plan extérieur, le pays s’appuie sur le droit international, les mécanismes multilatéraux et une diplomatie active. Il a porté des différends frontaliers devant les juridictions internationales plutôt que sur le terrain.
Cette tradition a une reconnaissance internationale : l’ancien président Óscar Arias Sánchez a reçu le prix Nobel de la paix en 1987 pour son plan de paix en Amérique centrale, à une époque où la région était traversée par plusieurs conflits armés.
Ce que cela change concrètement aujourd’hui
Pour un candidat à l’expatriation ou à l’investissement, trois conséquences comptent réellement.
1. Une continuité institutionnelle rare
Aucun coup d’État, aucune dictature, aucune rupture constitutionnelle depuis 1949. Dans une région où le Guatemala, le Nicaragua, le Salvador et le Honduras ont connu guerres civiles et régimes autoritaires, cette continuité est l’exception.
Concrètement, c’est ce qui protège un titre de propriété sur vingt ans. Les étrangers y disposent des mêmes droits de propriété que les nationaux sur la pleine propriété, sans partenaire local ni structure imposée — et cette règle n’a pas été remise en cause au gré des alternances.
2. Un score de paix élevé
Le Costa Rica se classe 54e mondial au Global Peace Index 2025 avec un score de 1,84, en progression depuis la 58e place en 2024, et quatrième des Amériques. L’absence d’armée et de conflit pèse fortement dans ce résultat.
3. Un investissement social durable
Les moyens redirigés depuis 1948 ont construit le système de santé public — la Caja — auquel tout résident légal, y compris étranger, doit s’affilier. La cotisation représente 7 à 11 % des revenus déclarés et couvre sans plafond de remboursement ni exclusion pour antécédents médicaux. Pour un retraité étranger, c’est un héritage direct de la décision de 1948.
La nuance qu’il faut apporter
L’absence d’armée n’est pas l’absence de criminalité, et il serait malhonnête d’entretenir la confusion.
Le taux d’homicides costaricien est passé de 11,5 pour 100 000 habitants en 2021 à 16,8 en 2025, soit environ treize fois le niveau de la France métropolitaine. Le pays est devenu une plaque tournante logistique du trafic de cocaïne. Selon la police judiciaire, 74 % de ces homicides relèvent de règlements de comptes entre bandes et 79 % impliquent une arme à feu.
Autrement dit : la stabilité institutionnelle reste exceptionnelle, la sécurité quotidienne s’est dégradée. Ce sont deux sujets distincts, et un projet sérieux doit traiter les deux. Nous le faisons dans notre article le Costa Rica est-il dangereux.
Un argument central pour un « plan B »
Beaucoup de Français cherchent aujourd’hui une seconde résidence comme assurance patrimoniale. Dans cette logique, le critère déterminant n’est pas le climat ni même la fiscalité : c’est la probabilité que les règles ne changent pas brutalement.
Un pays qui n’a pas connu de rupture institutionnelle depuis 1949, qui n’a pas d’armée susceptible d’intervenir dans le jeu politique, et qui traite les propriétaires étrangers comme les nationaux, présente précisément le profil recherché.
C’est dans cette logique que s’inscrivent les statuts de résidence costariciens : investisseur à partir de 150 000 $, retraité avec 1 000 $ de pension mensuelle, rentista à 2 500 $, nomade numérique à 3 000 $.
Questions fréquentes
Le Costa Rica est-il le seul pays sans armée ?
Non, mais il est le cas le plus emblématique par sa taille, son ancienneté et le caractère constitutionnel de l’abolition. Plusieurs micro-États et territoires insulaires n’ont pas d’armée permanente, souvent en raison d’accords de défense avec un pays tiers.
Le pays pourrait-il recréer une armée ?
La Constitution proscrit l’armée comme institution permanente tout en prévoyant la possibilité d’organiser des forces en cas de nécessité de défense nationale, sous conditions. Aucune force armée permanente n’a été rétablie depuis 1949.
Qui assure la défense du territoire ?
Des forces de police civiles, incluant garde-frontière et surveillance côtière, sous autorité civile. Le pays s’appuie par ailleurs sur le droit international et la coopération régionale.
Cette décision a-t-elle vraiment amélioré l’éducation ?
La réaffectation des moyens vers l’éducation et la santé est communément citée pour expliquer les indicateurs sociaux costariciens, historiquement supérieurs à la moyenne régionale. C’est un des effets les plus durables de 1948.
Ce que la stabilité vous apporte
Pour un investisseur ou un futur résident, l’histoire de 1948 n’est pas une anecdote : c’est la raison pour laquelle les règles de propriété et de résidence sont restées prévisibles pendant sept décennies. Réservez une consultation gratuite pour évaluer votre éligibilité, et consultez notre guide complet pour vivre au Costa Rica.
Pour aller plus loin
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal.