Réponse rapide : l’envie de départ a changé d’échelle. Selon les données Gallup, la part d’adultes en France déclarant vouloir vivre à l’étranger si l’occasion se présentait est passée de 11 % en 2024 à 27 % en 2025 — elle a plus que doublé en un an. Un sondage OpinionWay situe la proportion de Français envisageant un départ autour de 30 %. Les motivations dominantes sont le pouvoir d’achat, la pression fiscale, la qualité de vie et le climat. Mais entre l’envie et le départ effectif, l’écart reste immense : environ 2,5 millions de Français vivent réellement à l’étranger, soit moins de 4 % de la population.
Un basculement statistique, pas une impression
Le sentiment que « tout le monde veut partir » est souvent traité comme une exagération de comptoir. Les données disent autre chose. Passer de 11 % à 27 % en douze mois est un mouvement d’une ampleur inhabituelle pour ce type d’indicateur, qui évolue normalement de quelques points par décennie.
Cette envie ne se traduit pas mécaniquement en départs. Au 31 décembre 2025, le Registre des Français établis hors de France comptait 1 784 975 inscrits, en hausse d’environ 2,8 % sur trois ans. L’inscription n’étant pas obligatoire, on estime la communauté réelle autour de 2,5 millions de personnes.
Autrement dit : l’envie concerne près d’un tiers des adultes, la réalisation moins de 4 % de la population. C’est un écart considérable, et il est riche d’enseignements — l’expatriation reste un projet exigeant, que beaucoup envisagent et que peu mènent à terme.
Les cinq motivations qui reviennent
1. Le pouvoir d’achat
C’est le moteur numéro un, en particulier chez les pré-retraités et les retraités. La question posée n’est pas « où gagner plus » mais « où ma pension vaut-elle davantage ». Une retraite qui contraint le budget en France peut financer un train de vie confortable dans un pays où le logement, les services et la santé coûtent une fraction du prix français.
2. La pression et l’instabilité fiscales
Ce n’est pas seulement le niveau des prélèvements, c’est leur imprévisibilité. L’empilement de contributions nouvelles et l’incertitude sur la pérennité des dispositifs pèsent autant que le taux lui-même, particulièrement chez les chefs d’entreprise et les détenteurs de patrimoine, qui raisonnent sur dix ou vingt ans.
3. La qualité de vie et le climat
Le rythme de travail, le temps de transport, la météo, l’accès à la nature. Cette motivation est souvent minorée dans les analyses parce qu’elle paraît frivole ; elle est en réalité l’une des plus déterminantes dans les décisions effectives, notamment après 50 ans.
4. Le sentiment d’insécurité
Il figure régulièrement dans les enquêtes, avec une nuance qui mérite d’être dite : la perception d’insécurité et les statistiques ne coïncident pas toujours, et beaucoup de destinations envisagées affichent des taux de criminalité supérieurs à ceux de la France. Nous y reviendrons plus bas.
5. L’opportunité professionnelle et la génération
Plus de 30 % des 18-24 ans considèrent l’expatriation comme un moyen d’améliorer leur qualité de vie. Chez les actifs, la mutation interne ou l’opportunité de carrière reste un déclencheur classique, souvent plus décisif que l’insatisfaction.
Où partent réellement les Français ?
La géographie des départs est bien plus conservatrice que le discours ambiant ne le suggère. Cinq pays concentrent 40 % des inscrits : la Suisse (172 313), les États-Unis (159 981), le Royaume-Uni (141 593), la Belgique (123 781) et le Canada (119 256).
Ce sont, pour l’essentiel, des destinations de proximité linguistique, géographique ou professionnelle — et non des destinations de rupture. Trois d’entre elles figurent parmi les pays les plus chers au monde. Cela révèle une chose importante : la majorité des départs répondent à une logique de carrière, pas de pouvoir d’achat.
C’est précisément l’angle mort. Les destinations qui répondent réellement à la motivation « pouvoir d’achat et qualité de vie » — Portugal, Espagne, Maroc, île Maurice, Costa Rica, Panama — restent minoritaires en volume, et donc moins encombrées.
Ce que l’expatriation résout, et ce qu’elle ne résout pas
Un peu d’honnêteté ici vaut mieux qu’un discours d’agence.
L’expatriation résout efficacement : un problème de coût du logement, un problème de climat, un besoin de rythme de vie différent, et — sous conditions strictes — une exposition fiscale. Elle peut aussi débloquer un projet entrepreneurial dans un environnement moins saturé.
Elle ne résout pas : un problème relationnel, un mal-être personnel, ou une difficulté professionnelle qui vous suivrait. Les retours anticipés — fréquents dans les deux premières années — tiennent rarement au pays et souvent à un projet fondé sur la fuite plutôt que sur la construction.
Elle crée aussi ses propres difficultés : éloignement de la famille vieillissante, isolement la première année, perte de repères administratifs, et pour les conjoints suiveurs, une identité professionnelle à reconstruire.
La question de la sécurité mérite d’être posée honnêtement
Puisque l’insécurité figure parmi les motivations de départ, il faut regarder les chiffres. En France, on comptait 1 186 homicides en 2024, soit environ 1,4 pour 100 000 habitants — 1,3 en France métropolitaine — avec une baisse de 2,4 % par rapport à 2023, première diminution depuis 2020.
Beaucoup de destinations d’expatriation affichent des niveaux nettement supérieurs. Le Costa Rica, souvent cité pour sa stabilité, se situe à 16,8 homicides pour 100 000 habitants en 2025, soit environ treize fois le niveau métropolitain français — même si 74 % de ces homicides relèvent de règlements de comptes entre réseaux criminels.
Partir pour fuir l’insécurité est donc une motivation qui exige une vérification pays par pays, et non une intuition. Nous traitons cette question dans notre article sur les pays les plus sûrs pour s’expatrier.
Le vrai obstacle n’est pas l’envie, c’est la préparation
Si 27 % des Français veulent partir et que moins de 4 % le font, l’écart tient à trois blocages concrets bien plus qu’au manque de courage.
- Le statut légal. La plupart des pays exigent un emploi local ou un parrainage. Les destinations offrant une résidence indépendante de l’emploi — sur critère de pension, de revenus ou d’investissement — sont rares et mal connues.
- La fiscalité. Quitter la France fiscalement ne se décrète pas. L’article 4 B du Code général des impôts pose quatre critères alternatifs — foyer, séjour principal, activité professionnelle, centre des intérêts économiques — dont un seul suffit à vous maintenir imposable sur vos revenus mondiaux.
- La santé. Après 55 ans, l’accès à une couverture correcte devient le point de blocage numéro un, les assureurs privés internationaux excluant fréquemment les pathologies préexistantes.
Ceux qui partent effectivement sont ceux qui traitent ces trois points en amont, pas ceux qui en ont le plus envie.
Un exemple de destination qui répond à ces blocages
Le Costa Rica illustre bien pourquoi certaines destinations restent confidentielles alors qu’elles répondent aux motivations dominantes. Le pays n’apparaît pas dans les vingt premiers pays d’accueil des Français, et propose pourtant :
- Une résidence sans emploi local : investisseur à partir de 150 000 $, retraité avec 1 000 $ de pension mensuelle, rentista à 2 500 $, nomade numérique à 3 000 $.
- Une fiscalité territoriale : les revenus de source étrangère n’y sont, en principe, pas imposés.
- Un système de santé public, la Caja, à 7 à 11 % des revenus déclarés, sans exclusion pour antécédents médicaux — ce qui lève précisément le blocage santé.
- Une stabilité démocratique continue depuis l’abolition de l’armée en 1948.
La contrepartie, qu’il faut connaître avant de s’enthousiasmer : il n’existe aucune convention fiscale entre la France et le Costa Rica, ni pour l’impôt sur le revenu ni pour les successions. Ce n’est pas rédhibitoire, mais cela impose un conseil professionnel préalable.
Questions fréquentes
L’envie de quitter la France est-elle vraiment nouvelle ?
Le sentiment ne l’est pas, mais son intensité l’est : passer de 11 % à 27 % en un an constitue un mouvement inhabituel. Le nombre de départs effectifs, lui, progresse beaucoup plus lentement — environ 2,8 % sur trois ans.
Faut-il être riche pour s’expatrier ?
Non, mais il faut de la trésorerie. La première année concentre les coûts d’installation. Une réserve couvrant douze mois de frais de vie est ce qui distingue une adaptation sereine d’un retour précipité.
Peut-on revenir si cela ne fonctionne pas ?
Oui. Aucun statut de résidence à l’étranger n’implique de renoncer à la nationalité française. Il faut simplement anticiper les délais de réaffiliation à la Sécurité sociale au retour.
Quel est le meilleur âge pour partir ?
Il n’y en a pas, mais les contraintes changent : avant 35 ans l’enjeu est l’emploi, entre 35 et 50 ans la scolarité des enfants, après 55 ans la couverture santé. Chaque tranche appelle une destination différente.
Passer de l’envie au projet
Vouloir partir est un sentiment ; partir est un dossier. Réservez une consultation gratuite pour évaluer votre éligibilité à une résidence costaricienne et vérifier si votre projet tient la route, et consultez notre guide du meilleur pays pour s’expatrier depuis la France.
Pour aller plus loin
- combien de Français vivent à l’étranger
- changer de vie à 50 ans et partir à l’étranger
- la checklist des démarches pour quitter la France
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal.