Réponse rapide : plus de quarante pays proposent aujourd’hui un visa nomade numérique. Les seuils de revenus varient fortement : 3 680 € par mois au Portugal (visa D8), 34 188 € par an en Espagne, 3 504 € par mois en Estonie, 3 000 $ par mois au Costa Rica. Les différences décisives ne portent pas sur le seuil mais sur trois points : la durée du titre, l’existence d’une voie vers la résidence permanente, et le traitement fiscal. Le Portugal mène sur le premier critère, l’Espagne sur la rapidité, le Costa Rica sur la simplicité.
Ce qu’est — et n’est pas — un visa nomade numérique
Ces dispositifs, apparus massivement depuis 2020, partagent une même logique : autoriser le séjour prolongé de personnes qui travaillent à distance pour des clients ou employeurs situés hors du pays d’accueil.
Trois caractéristiques communes reviennent partout :
- Les revenus doivent provenir de l’étranger. Travailler pour le marché local est généralement exclu, ou strictement encadré.
- Un seuil de revenus doit être justifié, le plus souvent sur six à douze mois de relevés bancaires.
- Une assurance santé couvrant le séjour est exigée.
Ce que ces visas ne sont pas : un moyen d’échapper à l’impôt de son pays d’origine. Nous y revenons plus bas, car c’est le malentendu le plus coûteux.
Les principaux dispositifs européens
Portugal — le visa D8
Le seuil s’établit à 3 680 € par mois en 2026, soit quatre fois le salaire minimum portugais, avec des revenus provenant exclusivement d’activités hors du Portugal.
Son avantage décisif : cinq ans sous visa D8 qualifient pour la résidence permanente, et éventuellement pour la citoyenneté. C’est le seul dispositif européen majeur à offrir une trajectoire complète, ce qui en fait le choix des candidats visant une installation durable en Europe.
Espagne
Le seuil est de 34 188 € de revenus annuels. Le dispositif se distingue par sa rapidité — décision en 20 jours ouvrés — et par la délivrance d’un titre valable trois ans à partir d’une seule demande déposée sur place.
Deux spécificités : l’affiliation à la sécurité sociale espagnole est une condition incontournable, et il est possible de travailler pour une entreprise espagnole en complément, à condition que ces revenus additionnels ne dépassent pas 20 % du revenu total.
Estonie
Le seuil est de 3 504 € par mois sur les six derniers mois. Le pays offre un environnement administratif entièrement numérisé, complété par le dispositif d’e-Residency qui permet de gérer une société européenne à distance.
Limite importante : le programme n’ouvre aucune voie vers la résidence permanente. C’est un dispositif de séjour, pas d’installation.
Autres pays européens
La Croatie, la Grèce, la Hongrie, Malte, l’Italie et plusieurs pays d’Europe centrale ont mis en place des dispositifs comparables, avec des seuils généralement inférieurs mais des durées plus courtes et une qualité de réseau parfois inégale hors des grandes villes.
Le Costa Rica : la loi 10008
Le dispositif costaricien se distingue par sa simplicité et par son traitement fiscal explicite.
- Revenus exigés : 3 000 $ par mois pour une personne seule, 4 000 $ avec personnes à charge, justifiés par douze mois de relevés bancaires ou une attestation comptable.
- Durée : un an, renouvelable une fois, à condition d’avoir séjourné au moins 80 jours dans le pays durant la première année.
- Fiscalité : exonération d’impôt costaricien sur les revenus d’origine étrangère — le pays appliquant par ailleurs une fiscalité territoriale.
- Avantages pratiques : droit d’ouvrir un compte bancaire national, et importation en franchise du matériel professionnel — ordinateurs, téléphones, tablettes, matériel photo et audio — via le dispositif EXONET.
Sa limite : deux ans au total, sans passerelle directe vers la résidence permanente. Ceux qui souhaitent s’installer durablement basculent ensuite vers un statut d’investisseur — à partir de 150 000 $ —, de rentista — 2 500 $ mensuels — ou de pensionado — 1 000 $ de pension mensuelle. Ces statuts offrent une résidence temporaire de deux ans renouvelable, ouvrant sur la résidence permanente après environ trois ans.
Un atout structurel pour les francophones travaillant avec l’Amérique du Nord : le pays vit à l’heure normale du Centre et ne pratique pas le changement d’heure. Mêmes fuseaux que Chicago et Mexico, une heure d’écart avec New York et Toronto — mais sept à huit heures avec la France.
Le reste du monde
Des dispositifs existent également aux Émirats arabes unis, en Thaïlande, en Indonésie, au Mexique, en Colombie, au Brésil, en Géorgie, à Maurice, au Cap-Vert, en Afrique du Sud, au Japon et en Corée du Sud, avec des exigences et des durées très variables.
Deux critères permettent de trier rapidement : le décalage horaire avec vos clients, et la qualité réelle de la connexion dans la zone visée — pas la moyenne nationale.
Les cinq critères qui comptent vraiment
- La durée et le renouvellement. Un titre d’un an renouvelable une fois n’est pas un projet de vie. Si vous visez le long terme, privilégiez les dispositifs ouvrant sur la résidence permanente.
- Le traitement fiscal local, et son articulation avec votre résidence fiscale d’origine.
- Le décalage horaire. C’est la première cause d’échec des télétravailleurs expatriés, largement devant les questions administratives.
- La connectivité réelle. Testez le débit depuis le logement précis, aux heures où vous travaillerez. Le Costa Rica se classe autour de la 43e place mondiale pour le haut débit fixe, avec une moyenne d’environ 162 Mbit/s, deuxième d’Amérique centrale.
- La couverture santé exigée et sa qualité réelle.
Le malentendu fiscal qu’il faut lever
C’est le point le plus important de cet article. Une exonération accordée par le pays d’accueil ne modifie en rien vos obligations fiscales françaises.
Votre imposition en France dépend uniquement de votre statut de résident fiscal au sens de l’article 4 B du Code général des impôts, qui pose quatre critères alternatifs : foyer ou lieu de séjour principal, activité professionnelle principale, centre des intérêts économiques, statut d’agent de l’État. Un seul critère rempli suffit à vous maintenir imposable en France sur vos revenus mondiaux.
Le scénario risqué est le suivant : vous vivez sous visa nomade dans un pays qui ne vous impose pas, tout en restant résident fiscal français aux yeux de l’administration. Vous ne payez d’impôt nulle part — jusqu’au contrôle.
Ce point est d’autant plus sensible vers un pays non conventionné. Le Costa Rica, par exemple, n’a signé de convention fiscale qu’avec quatre pays : l’Allemagne, le Mexique, l’Espagne et les Émirats arabes unis. Sans convention, aucun mécanisme ne viendra arbitrer un conflit de résidence.
À noter également : un visa d’un an renouvelable une fois s’accompagne rarement d’une rupture de résidence fiscale française convaincante, puisque vous ne déplacez ni votre foyer durablement, ni le centre de vos intérêts économiques.
Si vous êtes salarié d’une entreprise française
Le visa nomade règle votre droit au séjour, pas votre situation d’emploi. Le télétravail durable depuis l’étranger soulève des questions de droit du travail applicable, d’affiliation sociale et, pour votre employeur, de risque d’établissement stable. Beaucoup d’entreprises limitent pour cette raison la durée autorisée à quelques semaines par an.
Obtenez un accord écrit avant de partir. Nous détaillons ce sujet dans notre article sur le télétravail à l’étranger pour un employeur français.
Questions fréquentes
Peut-on travailler pour des clients locaux sous visa nomade ?
Généralement non. L’Espagne fait exception en autorisant des revenus d’origine espagnole dans la limite de 20 % du revenu total. Partout ailleurs, l’activité doit rester tournée vers l’étranger.
La famille peut-elle accompagner ?
Oui dans la plupart des dispositifs, moyennant un seuil de revenus majoré. Au Costa Rica, le seuil passe de 3 000 à 4 000 $ mensuels avec personnes à charge.
Ces visas mènent-ils à la nationalité ?
Rarement. Le Portugal fait figure d’exception avec une trajectoire de cinq ans vers la résidence permanente. La plupart des autres dispositifs sont des titres de séjour temporaires sans suite.
Faut-il une société pour postuler ?
Non. Salariés à distance, indépendants et freelances sont éligibles, sous réserve de justifier de revenus réguliers d’origine étrangère sur la période demandée.
Que se passe-t-il à l’expiration du titre ?
Vous devez soit quitter le pays, soit basculer vers un autre statut. Au Costa Rica, les voies naturelles sont l’investisseur, le rentista ou le pensionado.
Choisir le bon statut
Un visa nomade est une excellente porte d’entrée pour tester un pays, et un mauvais outil pour s’y installer durablement. Réservez une consultation gratuite pour identifier le statut adapté à votre horizon, et consultez notre article vivre et travailler au Costa Rica.
Pour aller plus loin
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal. Les seuils évoluent chaque année et doivent être vérifiés auprès des autorités concernées.